Face à la multiplication des chômeurs qui veulent travailler, Jean-Guy Henckel crée en 1991 un « Jardin de Cocagne » alliant circuits courts, insertion par le travail et agriculture biologique. C’était vu comme une idée un peu folle, mais le projet a un développement extraordinaire, en restant fidèle à ses principes fondateurs.

Un jardin de Cocagne, quelle drôle d’idée !

 Dans les années 1970, des travailleurs sociaux, se sentant démunis face à la multiplication des personnes entraînées vers l’exclusion alors qu’elles sont désireuses de travailler, créent des entreprises pour leur offrir des emplois. Jean-Guy Henckel fonde ainsi avec quelques collègues une menuiserie d’insertion et devient ainsi “entrepreneur social”.

En 1991, après la création du RMI, il propose de créer un « Jardin de Cocagne » alliant le principe des circuits courts de distribution, dont il avait vu des exemples aux États-Unis et en Suisse, celui de l’insertion par le travail, et celui de l’agriculture biologique.

Un succès d’une ampleur inattendue

Au conseil général et à la préfecture, on ouvre de grands yeux mais on lui attribue quelques milliers de francs pour voir : il avait déjà fait ses preuves. Il réunit d’autres financements de bric et de broc, loue des terres et achète du matériel pour pas cher. Comme clients il faut qu’une soixantaine de familles soient prêtes à payer 2 500 francs par an pour un panier de quatre ou cinq sortes de légumes par semaine. Il diffuse une centaine de tracts à Besançon et recrute en un temps record les soixante de familles dont il a besoin. ll embauche une dizaines de bénéficiaires du RMI, encadrés par des techniciens qualifiés : le cahier des charges de l’agriculture biologique est très exigeant.

Des contacts festifs sont organisés entre jardiniers et producteurs. Les exclus s’impliquent, renaissent, se socialisent. Au bout de quelques mois, l’Agence France Presse écrit : « À Besançon, des exclus cultivent des légumes bios et les distribuent à des adhérents-consommateurs. » En quelques semaines, tous les médias nationaux viennent les interviewer. Après un passage au 20 heures de TFI, les premiers jardiniers ne peuvent plus donner un coup de pioche sans être photographiés ou filmés.

Le réseau Cocagne

Dans toute la France, des travailleurs sociaux, des agriculteurs, des représentants des pouvoirs publics, des chefs d’entreprise, ont envie de reproduire l’expérience. Les jardins de Cocagne essaiment alors. Ils laissent aux opérateurs une certaine liberté pour adapter leur projet au contexte, mais leur imposent une charte avec quatre principes intangibles :

  • embaucher des personnes en difficulté dans des conditions valorisantes et favoriser leur retour à l’emploi durable ;
  • respecter le cahier des charges de l’agriculture biologique et faire certifier la production ;
  • commercialiser une partie de la production via un réseau d’adhérents-consommateurs ;
  • s’inscrire dans le secteur professionnel local de l’agriculture et du maraîchage.

Une structure nationale, le réseau Cocagne, est créée en 1999, dont Jean-Guy Henckel est l’animateur, pour assurer l’unité de la démarche et offrir des services (formation des cadres, création d’outils pour optimiser la production, développement d’activités nouvelles).

Une référence

Il existe aujourd’hui une centaine de jardins de Cocagne, qui emploient environ 4000 salariés en insertion pour une durée maximale de deux ans. La moitié d’entre eux trouvent ensuite un emploi durable ou une formation. Chaque semaine, 20 000 familles de consom’acteurs reçoivent leur panier le légumes biologiques.

Les Jardins de Cocagne sont même devenus une référence en management, la gestion de personnes fragiles de plusieurs nationalités obligeant à déployer des trésors d’ingéniosité. Des entreprises viennent ainsi souvent dans le réseau Cocagne pour mobiliser leurs collaborateurs et participer à des projets de co-construction.

Pour en savoir plus voir le compte rendu de la séance https://www.ecole.org/fr/seance/758-la-solidarite-est-dans-le-jardin

Site du réseau Cocagne: http://www.reseaucocagne.asso.fr/


1 commentaire

Le jardin des entreprenants · 23 avril 2018 à 21 h 41 min

[…] une description sommaire de certains des projets menés par ces personnalités hors pairs, comme la saga des Jardins de Cocagne, l’histoire de Loos-en-Gohelle, ville pilote du développement durable, ou la révolution […]

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