Lors d’un stage en maison de retraite, deux étudiants en STAPS trouvent leur vocation : inventer une activité physique adaptée aux personnes âgées. L’idée paraît saugrenue, mais ils persévèrent et créent l’association Siel Bleu, dont le rayonnement prend une ampleur inattendue et dont les bienfaits font désormais l’objet de programmes de recherche.

 Les entreprenants ont l’art de révéler des besoins latents et de lancer des activités nouvelles là où personne ne les attendait. Le destin de Jean-Michel Ricard et Jean-Daniel Muller bascule lors d’un stage en maisons de retraite pendant leur cursus en STAPS à Strasbourg. Proposant des activités physiques adaptées à des personnes dépendantes, ils nouent des relations très fortes avec elles et découvrent que celles-ci aiment prendre quelques risques et se sentir libres, alors qu’on leur déconseille de bouger et de sortir.

Le besoin révélé

Ils créent alors l’association Siel Bleu (Sport Initiative Et Loisirs Bleu) pour développer cette activité. Ils rencontrent peu d’écoute au début : que des jeunes s’intéressent aux vieux parait étrange et les directeurs des maisons de retraite ne voient guère d’intérêt à engager des dépenses pour des personnes à l’espérance de vie courte. Malgré tout, grâce à l’appui d’un maire, ancien président du Conseil général, et d’un ancien directeur adjoint du Travail, ils montent une expérience de six mois dans douze maisons de retraite du Bas-Rhin.

Les directeurs de onze établissements renouvellent le contrat, mais le douzième refuse. Peu après, il appelle Siel Bleu, paniqué : Les Dernières Nouvelles d’Alsace viennent lui demander des explications ; les retraités, leurs familles et le personnel font circuler une pétition ; les résidents font le siège de son bureau pour exiger le retour de Siel Bleu. La convention est signée aussitôt. Un besoin latent est clairement révélé.

À la conquête de la France

Tout s’accélère alors. Le corps médical du Bas-Rhin soutient l’initiative, et demande même le lancement d’un programme expérimental pour les malades d’Alzheimer, qui conduira à des résultats étonnants. La Caisse primaire d’assurance maladie du Bas-Rhin les aide à toucher des personnes isolées et fragilisées, notamment en zone rurale.

Après des articles dans la presse nationale, Siel Bleu est appelée de toute la France et elle doit recruter. Les étudiants en “fac de sport” pourraient être intéressés, à condition qu’un diplôme adapté soit créé. L’Éducation nationale refuse, mais le président de la faculté de Strasbourg soutient la création d’une licence professionnelle Santé, vieillissement et activités physiques adaptées. Siel Bleu se diffuse alors dans toute la France.

Avec 600 salariés, elle est présente dans 5 000 lieux et compte 120 000 pratiquants chaque semaine.. Elle développe des secteurs nouveaux : sport en entreprise, cours à domicile, usages thérapeutiques (prévention de la récidive du cancer du sein, récupération après les AVC, etc.). Elle est même invitée à Harvard pour évoquer la diffusion de sa méthode dans certaines écoles américaines.

Entrepreneurs et entreprenants

Les fondateurs auraient pu exploiter financièrement ce succès, et les propositions lucratives ne leur ont pas manqué. Ils les ont refusées pour ne pas perdre de vue le sens de leur modèle original. Ils investissent 10 % de leur chiffre d’affaires en R&D et ont créé une fondation pour soutenir ces recherches. Ils ont même lancé un institut Siel Bleu pour lancer des offres thérapeutiques non médicamenteuses, l’activité physique étant pour eux le médicament du XXIe siècle. L’échelle des salaires est maintenue de 1 à 3 et permet de bien vivre, tout le monde profitant de la croissance. En cela, ils sont à la fois entrepreneurs et entreprenants.

Pour en savoir plus : https://www.ecole.org/fr/seance/1153-la-singuliere-aventure-de-siel-bleu

Site de Siel Bleu : http://www.sielbleu.org/


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *