Une expérience qui montre que la (re)motivation des fonctionnaires ne tient pas simplement à des incitations économiques, loin de là, mais à une revalorisation de leur rôle auprès du public et … à leurs propres yeux.

Il n’est pas facile de vivre la situation d’un fonctionnaire à une époque où on le voit plus comme une charge que comme un producteur de richesses, surtout si l’utilité de sa fonction n’est pas évidente. Voici une expérience éclairante sur les ressorts de la motivation des fonctionnaires. Elle a été menée il y a une dizaine d’années, mais ses enseignements restent actuels.

Mais que fait donc la métrologie ?

À l’occasion d’une restructuration du ministère de l’Industrie, Jean-Marc Le Parco hérite, parmi ses attributions, du service de la métrologie. Ce service avait perdu son lustre d’antan : de 700 agents à la grande époque de l’après-guerre, ils n’étaient plus que 100 en 2008 et se demandaient même si le service n’allait pas disparaître. Lors de vacances de postes, les candidats ne se bousculaient pas, malgré la crise. Devenus des agents de surveillance d’activités de contrôle presque totalement sous-traitées au privé, ils ne savaient même plus expliquer leur métier à leurs proches…

Le retour sur le terrain : un bain de jouvence

Le nouveau directeur veut en savoir plus sur ce que fait son service et se rend sur le terrain. Il découvre qu’il a des missions très utiles aux citoyens : contrôler les radars, les pompes à essence, les balances, etc. Il décide alors de redonner de la visibilité à ce métier et pousse ses agents, non sans mal, à aller sur le terrain.

Ceux-ci découvrent avec surprise qu’ils sont bien accueillis, mieux même que les opérateurs privés : l’État garde son prestige pour les activités régaliennes. Leur surveillance des opérateurs privés devient plus efficace, car ils se sentent plus légitimes et connaissent les ficelles du métier.

Du bon usage des médias

Pour revaloriser l’image publique du service, Jean-Marc Le Parco organise des contrôles surprise après avoir prévenu des journalistes. Quand Le Parisien publie un article lyrique sur le savoir-faire et l’utilité des agents de la métrologie, l’ambiance du service connaît une embellie. D’anciens et beaux instruments de contrôle sont restaurés et exposés pour rappeler les racines prestigieuses du métier.

Des rites pour faire vivre la communauté

Une réunion de tous les membres du service est organisée, sous forme d’un séminaire à Bercy dans la salle de conférences des ministres. Pour la première séance, des saynètes sont jouées par des membres du service pour traiter avec humour de situations conflictuelles, habituelles dans l’exercice du contrôle, et rencontrent un grand succès. Le séminaire est organisé périodiquement selon des modalités qui encouragent les échanges d’expériences et permettent d’entretenir la vie collective.

Les fonctionnaires retrouvent ainsi progressivement leur fierté et reprennent leur destin en main.

Économie et sens

On met en avant les incitations économiques comme sources d’efficacité dans la fonction publique, mais cette expérience montre que les fonctionnaires ont aussi besoin de contribuer à une belle histoire, d’appartenir à une communauté tonique et de nouer des liens valorisants au sein de celle-ci.

On lira avec délectation le compte rendu de la séance de l’École de Paris, en découvrant l’intelligence du dispositif mis en place https://www.ecole.org/fr/seance/927-de-l-art-de-redonner-fierte-et-efficacite-a-des-fonctionnaires-inquiets


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