Romans-sur-Isère était condamnée après la fermeture de la dernière usine de chaussures, mais Christophe Chevalier réussit l’impensable : sauver cette industrie, et relancer tout le territoire.

 

 

Le désastre de la chaussure

Dans les années 1980, la moitié des 50 000 habitants du bassin de Romans-sur-Isère vivent de l’industrie de la chaussure, mais tout disparaît en quinze ans. C’est dans ce contexte qu’est créé le groupe Archer. C’est d’abord une structure d’insertion par l’économique, mais son action ne revenant qu’à changer l’ordre dans la file d’attente des chômeurs, il valait mieux créer des activités : « Depuis trente ans, dit Christophe Chevalier, on assure qu’on va régler les problèmes par la croissance, mais le PIB a progressé de 70 % et cela n’a pas empêché le chômage de masse et la pauvreté. Au lieu d’attendre les bras croisés, il vaut mieux créer un emploi, puis deux, puis trois. Si chaque PME passait de cinq à six emplois, la donne serait profondément changée. »

Le groupe Archer se transforme en SAS, avec aujourd’hui 112 actionnaires dont beaucoup d’habitants du bassin, chacun détenant une voix et se contentant de dividendes au taux du livret A. Il comprend aujourd’hui 500 salariés, répartis dans des activités allant de la sous-traitance pour l’industrie au labour à cheval. Pour lancer une nouvelle activité, l’idée est de repérer une ressource locale, un talent, et de l’aider à se lancer.

Le défi de la chaussure

Relancer l’industrie de la chaussure ? « Ça ne marchera jamais ! » dit-on à Christophe Chevalier, « On y a englouti des millions ! » Les conditions ne sont plus réunies pour relancer la chaussure ont même affirmé les experts.

En fait, il s’agissait à chaque fois d’appliquer un modèle industriel avec des ateliers de centaines de personnes. L’option choisie par Christophe Chevalier est au contraire de s’appuyer sur la tradition, la qualité et les savoir-faire, et de démarrer selon un modèle artisanal avec des ateliers de cinq à vingt personnes.

Une petite ligne de fabrication est rachetée à Charles Jourdan, et trois marchés de niche sont visés :

  • de grandes marques devant réaliser en France une partie de la production pour avoir le label made in France ;
  • des créateurs de mode ayant besoin de faire fabriquer quelques dizaines de paires assorties aux vêtements pour des défilés ;
  • la création d’une marque, Made in Romans, pour capitaliser sur l’histoire et vendre les chaussures dans des magasins d’usine auprès de touristes visitant les ateliers.

Cependant, une surprise attendait les fondateurs : plus personne ne savait fabriquer les chaussures en entier. Dans les usines, on en était venu à confier à chacun trois ou quatre opérations sur cent. Il a fallu aller chercher des retraités pour reconstituer le savoir-faire. L’un avait 65 ans, l’autre 84…

Très vite, les ateliers ont été débordés par la demande et ont cherché de l’aide auprès des anciens “parias” qui, au pays de la chaussure de luxe, continuaient à fabriquer des sandales, des chaussures de danse ou d’escalade. C’est ainsi que s’est organisé un réseau à l’image des districts italiens.

Une démarche qui fait école

Ensuite, de nouveaux artisans s’installent, une association professionnelle, Romans Cuir, fédère les entrepreneurs pour l’achat de cuir, le partage de commandes, la participation aux salons, etc. Le lycée professionnel et l’AFPA relancent des formations dans la chaussure, la collectivité locale remet la chaussure dans ses axes de développement, le groupe Archer vient de racheter un ancien supermarché en centre-ville, des locaux immenses pour regrouper les chausseurs et créer un magasin d’usine commun. La création d’une association, Entreprises Romans Bourg-de-Péage, de 110 membres représentant 5 000 salariés, permet la création d’une centrale d’achat, d’une crèche interentreprises, et favorise de nombreuses coopérations. Archer crée une école d’entrepreneuriat dans laquelle interviennent des chefs d’entreprise locaux.

De nouveaux concepts sont inventés comme les start-ups de territoires, les pôles de coopération économique, qui seront repris dans la loi Hamon de 2014 sur l’ESS. Cette démarche patiente est en train d’inspirer d’autres territoires qui décident de prendre leur destin en main.

Cette renaissance foisonnante illustre la fécondité d’un esprit entreprenant qui ne se restreint pas à un projet purement économique. Il a été mené en respectant et en utilisant les forces présentes sur le territoire, dans une approche globale d’écosystème. Le redémarrage de cette industrie ne peut être isolé de la revivification de tout le territoire. Cela illustre le point 8 du manifeste des entreprenants : l’entreprenant est un jardinier qui se soucie de faire grandir ses plantes en s’adaptant aux conditions locales plutôt qu’un maçon qui construit sur des plans préétablis.

 

Plus de détails dans le texte de l’École de Paris Faire renaître la chaussure à Romans

Mesurez l’inventivité du groupe Archer en consultant https://www.archer.fr/


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